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PORTOBELO

Le village proprement dit est pauvre et sans intérêt. Tout l'intérêt de Portobelo réside dans ses fortifications datant de l'époque espagnole ainsi que dans son environnement naturel, notamment sa mangrove.

SITE HISTORIQUE

L'existence de Portobelo est intimement liée aux actes de piraterie. Sans Francis Drake (le corsaire) et son attaque destructive de Nombre de Dios, Portobelo n'existerait pas. Sans l'assaut sanglant de Morgan (le plus célèbre des flibustiers), Portobelo serait encore aujourd'hui un port prospère.

Tout commence, comme partout dans la Caraïbe par un voyage de Christophe Colomb. Pendant son deuxième voyage, en 1502, il découvre les rives du futur Panama et trouve bien pratique de faire escale dans cette large baie située par neuf degrés trente-trois minutes nord et soixante-dix-neuf degrés et quarante minutes ouest. Mais Portobelo tombe aussitôt dans l'oubli.

C'est en 1572 que démarre réellement son Histoire. Lorsque Sir Francis Drake est secrètement chargé par la reine d'Angleterre, Elisabeth Ier, de piller les ports espagnols de la mer des Caraïbes. Drake reçoit le commandement de deux navires. Arrivé sur les côtes de l'isthme de Panama, Drake incendie les cases en bambous et les toits de palmes de Nombre de Dios. Ne vous fiez pas à l'apparent dénuement de ce pueblo, fondé en 1520 par les Espagnols, car il est à cette époque le site depuis lequel, l'or et l'argent des Amérindiens embarque sur les galions à destination de Séville. Drake, à la suite de cet assaut, retourne en Angleterre, auréolé de ses exploits de corsaire, car ses bateaux sont chargés d'or et d'argent espagnol.

La destruction totale de Nombre de Dios incite les Espagnols à trouver un meilleur abri pour leur port de commerce. Ils trouvent à quelques milles à l'ouest, la baie de Portobelo. Le site est choisi pour sa large baie, et ses eaux profondes. La rade peut accueillir plusieurs flottes de galions. Portobelo est plus facile à défendre contre les invasions étrangères.

En 1597, les travaux débutent et les premiers forts et batteries sont construits. Dans l'année qui suit, l'église San Juan de Dios est érigée, et marque la fondation du village San Felipe de Portobelo en tant que tel. Le développement du village est exponentiel. Entre 1574 et 1702, 45 flottes de galions font escales à Portobelo. Chacun rapporte à la mère patrie une cargaison évaluée à 30 millions de pesos. Soit un milliard trois cent cinquante mille pesos en plus d'un siècle. Pas étonnant que ces sommes fassent tourner les têtes et attisent les convoitises des nations concurrentes.

Entre 1597 et 1739, Portobelo subira 7 assauts mémorables de piraterie. Vous comprenez que selon l'angle où l'on se place, nous parlerons tour à tour de pirates, de corsaires ou de flibustiers. Je gage que les Espagnols ne faisaient aucune différence entre tout ce beau monde. Les pirates agissaient pour leur compte, les corsaires étaient aux ordres secrets de Leurs Majestés. Les flibustiers furent assimilés aux boucaniers et formèrent des puissances maritimes redoutables. Quel que soit leur nom, ils eurent les mêmes fonctions et pillèrent, dévastèrent, tuèrent, violèrent.

Pirates, corsaires et flibustiers causèrent un tort incalculable aux colonies espagnoles qui furent dès la conquêtent du Nouveau Monde la cible préférée des aventuriers des mers.

Dans cette période d'âge d'or de la piraterie, Drake justifie son titre de "sir" et ses galons d'amiral. Il prend, entre autres, une grande part dans la dispersion de l'Invincible Armada. Puis, en 1595, la reine le renvoie, accompagné de sir John Hawkins, en expédition contre les forces espagnoles dans les Antilles. Mais cette fois, Drake court à sa perte. Il ne meurt pas bandeau sur l'eau et sabre à la main, mais il s'effondre, atteint de dysenterie à l'entrée de Portobelo. Son corps lesté de plomb hante toujours les eaux panaméennes. Une île à l'entrée de la baie porte son nom.
Ils ne sont pas rancuniers !

En 1630, l'or, les pierres précieuses, l'argent, le bois, les denrées telles que les épices et le tabac excitent l'intérêt de l'état espagnol. Il veut lui aussi récupérer une manne de cette orgie mercantile et il édifie la casa de la Aduana. Les marchandises à destination des marchés européens transiteront par cette imposante bâtisse afin d'en calculer la taxe.

En 1668, le village connaît un essor considérable. Quatre cents familles y vivent en permanence. La population gonfle jusqu'à 8000 âmes lorsque marchands et notables espagnoles séjournent à Portobelo. Cette année-là, à l'intense trafic maritime se joint l'armada de Morgan. Avec 460 hommes, il met le village à feu et à sang, au passage il détruit complètement l'invincible fort San Felipe. Encore aujourd'hui je me demande quelle rage l'habitait pour venir à bout des murs épais qui aujourd'hui ne sont plus que de pauvres choses suspendues au-dessus de la ville et qui témoignent de la violence des combats de l'époque. Pour ses assauts victorieux, le flibustier Morgan est, en 1672, promu gouverneur de la Jamaïque. Sir Henry Morgan est fait chevalier en 1674.

Après cet assaut, les Espagnols décident de construire plusieurs places fortes : la Casa fuerte Santiago de Gloria et ses 17 canons, la casa fuerte et la bateria de San Jeronimo et le Castillo San Fernando flanqué de ses deux batteries, celle du bas, munie de dix canons et celle du haut garnie de 6 canons. Ce déploiement de force n'empêchera pas l'amiral Vernon de s'emparer de Portobelo au nom de la couronne d'Angleterre en 1739.

Les récidives conjointes des Anglais et des pirates, ainsi que la déclaration d'indépendance ratifiée par Bolivar plongent Portobelo dans l'oubli. En 1882, un violent tremblement de terre s'attaque aux soubassements des fortins et des batteries déjà ravagées par la végétation. Il faut attendre 1992, pour que L'UNESCO réveille les ruines et redore le blason historique de cette petite bourgade. Aujourd'hui, elle est loin des fastes d'antan, mais elle garde pourtant un charme authentique.

CULTE DU CHRIST NOIR ET DES CONGOS

A voir une si petite bourgade, on ne croirait pas qu'il y ait tant de choses à en dire!
Et pourtant...

Ce village mal fagoté autour des ruines de ses places fortes et d'une route nouvellement construite, compte deux églises. L'une à côté de l'autre. La plus petite, la plus ancienne est la Eglesia San Juan de Dios, elle date de 1598, l'année de la fondation du village de San Felipe de Portobelo. L'autre est plus grande et plus récente. C'est la Eglesia San Felipe qui fut construite en 1814, son campanile fut édifié un siècle plus tard.

Pourquoi tant de détails ? Je ne verse habituellement pas dans le « judéo-chrétien ». En fait, San Felipe couve en son sein, le Christ noir. L'idée même du Christ noir me plaît. Allez savoir pourquoi ? Une image fugace sans doute. Et puis surtout, c'est qu'il est impossible de passer à Portobelo sans parler de lui.
IMPOSSIBLE!
La population ne comprendrait pas! Tant qu'à faire, laissons-la vous raconter la légende qui entoure cette statue, elle le fera mieux que moi.

La population ne sait plus très bien comment et quand cette statue est arrivée à Portobelo. Mais ce Christ à peau noire a semble-t-il élu domicile ici ! Les habitants racontent en roulant de gros yeux et en utilisant des mots mystérieux, que la statue vibre lorsqu'on essaye de la déplacer. Curieux comportement
pour manifester son attachement aux lieux!
Afin de se rendre indispensable aux habitants, la statue a rendu quelques services sous le couvert de miracles. Le dernier en date est celui de 1821, où la statue a sauvé toute la population d'une épidémie de choléra. Pour remercier le Christ noir, des processions ont lieu chaque année le 21 octobre. Un homme noir est élu dans les rangs des chrétiens. Il porte le magnifique habit du christ et il balade sa lourde croix dans les rues de la ville. La fête attire les Panaméens des quatre coins du pays, et ne passe pas inaperçue.

Dans l'église, les croyants se succèdent au chevet de leur statue. Nous voyons des femmes et des hommes se prosterner devant leur statue. Ils montent le petit escalier qui mène à la vitre qui la protège et restent le nez collé à leur icône. Une vraie et sincère ferveur!

Autre réjouissance de Portobelo, cette fois païenne!
En février c'est au tour des « congos» de défiler dans le village. Les congos, sont les nègres marrons, ceux qui se sont échappés dans la forêt pour fuir les mauvais traitements des colons espagnols. En février, à l'occasion du carnaval, la population ravive son passé d'esclave. Les congos parlent un dialecte compris d'eux seuls, ils jouent, dansent et chantent en caricaturant les maîtres d'autrefois : la cour d'Espagne et le clergé.

Le plus extraordinaire dans ces fêtes c'est que païenne ou chrétiennes, elles animent chacune autant de passion dans le coeur de la population. Celle-ci mélange tout, pour autant que l'ambiance, la danse et la musique soient de la partie.

LA MANGROVE

Lorsque nous nous enfonçons dans le nord-est de la baie, une mangrove nous accueille. Elle se sépare en deux rios praticables en annexe. Le décor est tapissé d'un même vert... Cela paraît au premier regard uniforme, et pourtant, à y regarder de plus près, pas un arbre ne ressemble à son voisin. Selon les heures du jour, les berges sont peuplées de cris d'oiseaux, de chants bucoliques ou de hurlements guerriers. Chacun, à sa façon, défend son territoire, en chantant ou en ronchonnant, toute la gamme des humeurs y passe. Nos oreilles d'humains sont envoûtées par un tel concert. Les hérons de toute taille de toute couleur sont très présents, mais nous y croisons aussi toutes les variétés de sternes, de mouettes, de goélands, de pélicans bruns et leurs cousins les cormorans. Si drôles, ils nagent mieux qu'ils ne volent. Et puis leur cri particulier ressemble au grognement d'un cochon.

Si la mangrove nous encercle de son rideau de verdure, lorsque nous grimpons à l'assaut des forteresses de San Fernando sur les collines qui tapissent le nord de la baie, les balisiers, herbes à dartre et autres magaskepasmas sont là pour égayer la forêt de leurs teintes jaunes, orange et rouges vifs. Ce n'est pas à proprement parler un festival de couleurs. Les fleurs, il faut les chercher, les déceler dans l'épaisse verdure.
Quelle belle chasse au trésor !
La voilà, la coquine, elle accroche l'oeil et l'objectif, à peine sortie ou déjà presque finie, la fleur tropicale recèle en ses teintes toutes les beautés du monde. Un je ne sais quoi d'attachant, de fascinant. Et puis... pour qui s'est amusé dans sa vie à faire un jardin, voir ces plantes atteindre des hauteurs vertigineuses à l'état naturel tandis qu'elles se contentaient d'un pot... parfois d'un « petit pot » dans nos balconnières... Cela réveille l'humilité !

Portobelo est vraiment une belle escale pour qui aime marcher dans la nature sans pour autant se prendre pour un Indiana Jones. Je vous rassure, chaque balade s'est faite sans machette ! Sur les collines où se trouvent les ruines des forteresses, la végétation a été élaguée, comme elle l'était du temps des conquistadores. Certaines sont accessibles par des chemins bien tracés, d'autres en revanche demandent un peu plus d'entraînement. Et se révèlent après une belle randonnée dans les chemins ombragés qu'il ne faudrait pas emprunter en saison pluvieuse.

Nous avons rencontré des bestioles. Comment en serait-il autrement? Le Panama compte plus de 15000 variétés d'insectes. Je pense avoir rencontré un certain nombre d'araignées. Suffisamment impressionnantes pour encore vous en parler avec un frisson qui me parcourt le dos et remonte jusque dans le bout des cheveux. Je n'aime pas ça ! Il y a aussi ces boulevards à fourmis. Je n'en reviens pas de voir ces minuscules êtres déplacer des charges trois fois plus grosses qu'eux et sans doute aussi lourdes. Lorsqu'une fourmilière est bien organisée, elle passe si bien au même endroit que les fourmis creusent un chemin. C'est impressionnant à voir. Je les trouve plus travailleuses sous les tropiques... Sans doute la seule espèce bosseuse sous ces latitudes !

Tandis que je vous écris, des singes hurleurs se réveillent. A en juger par la puissance de leurs cris, ils sont d'accord avec cette description de leur environnement. Le soleil est là... Tant mieux, sa collaboration aux photos est bienvenue. Il vous guidera pour les apprécier et profiter des merveilles de Portobelo.

Fiche pratique de Portobelo

Sécurité :
Les bateaux hésitent à s'arrêter à Portobelo. En 2009, une bande organisée grimpait à bord des bateaux afin d'y dérober tout ce qui les intéressait. La procédure était la suivante. Un guetteur à terre repérait les équipages qui descendaient pour prendre le bus et aller faire leurs courses dans les villes voisines. Il prévenait par téléphone une équipe en barque qui en profitait pour monter à bord des bateaux. Le guetteur étant chargé d'appeler par téléphone l'équipe à bord de déguerpir des lieux au bon moment.
Des vols d'annexe ont été déclarés au ponton.

Récemment l'équipe de la mairie a été débarquée et changée. Il semble que cette dernière soit plus vigilante à redorer le blason de Portobelo. Néanmoins, il n'est pas recommandé de quitter son bateau pour le laisser seul pendant une journée ou plus. Concernant les annexes, il faut la sécuriser avec une chaîne ou un câble et la cadenasser. Il y a souvent sur le ponton des gamins qui proposent de veiller l'annexe. Il suffit de leur promettre quelques dollars pour leur travail, et de les payer à votre retour.

Nous n'avons pas eu de problème, nous nous sommes baladés en toute quiétude dans les ruines, avons fait notre visite au musée... Le tout sans sentir la moindre animosité.

Mouillage dans 5 à 10 mètres d'eau:
9°33.5 N 79°40 W
Nous avons mouillé l'ancre dans la partie nord, à l'écart du village, sous le fort San Fernando. Là, nous sommes dans une partie calme, presque bucolique. De plus, mouiller à l'écart du village, permet de ne pas être en première ligne des décibels du week-end. Nous fermions le bateau (comme nous le faisons partout, bien sûr!) chaque fois que nous le quittions. Pour visiter le château San Fernando, attachez votre annexe à l'arbre à l'entrée du fort, avec un câble cadenassé.

Internet :
A terre à côté de la mairie, en face de l'office du tourisme.
0.75 dollar la demi-heure (bon débit, skype possible avec webcam)

Epicerie:
Sur le parvis de l'église. Un chinois pratique des prix très raisonnables. Petite épicerie pour produits de première nécessité.

Restaurant:
Petits restaurants aux prix raisonnables

Visites des forts:
Toutes les visites des forts sont gratuites. La Aduana coûte 1 dollar.

Toutes les informations sont à prendre comme "une carte postale" de la situation à un moment donné. Elles sont susceptibles de changer et dépendent ( cela paraît risible, mais c'est trop vrai !) de l'humeur et de la bonne volonté des interlocuteurs.

 


Toutes les informations ont été mises à jour en Janvier 2010
Texte : Nathalie Cathala - Photos : Dominique et Nathalie Cathala
www.etoiledelune.net