Marie Galante, L'élixir du Voyageur…

Marie galante est une île au profil tabulaire de 157 kilomètres carrés. Elle a surgi des profondeurs de l'Océan au quaternaire, et continue sa croissance, gagnant régulièrement ces centimètres qui la hisse hors de l'eau. Elle recèle la même particularité géologique que Grande-Terre, elle est donc calcaire. Bien que surnommée la « galette » elle n'est pas plate. Ses hautes falaises à l'Est affrontent l'océan, et redescendent en pentes douces vers l'ouest où un rivage soyeux glisse vers la mer des Caraïbes. Deux plateaux de collines que les gens d'ici nomment montagnes (la plus haute culmine à 204 mètres !) sont séparés par une faille transversale qui sépare Marie-Galante en deux. Marie-Galante est partagée entre ses paysages littoraux d'une variété enchanteresse et sa campagne intérieure alanguie sous un manteau épais de canne à sucre.

L'abri de sa réputation, Marie-Galante distille derrière les courbes rondes et douces de sa campagne des images traditionnelles. Les moulins, géants de pierre veillent sur elle. Tout semble mû par une nonchalance tropicale. Même ses trois petites villes gardent une atmosphère alanguie. L'air y est plus doux qu'ailleurs. La paix est en son royaume sur Marie-Galante. Aujourd'hui, Marie-Galante paraît inventer un nouveau mode de vie. C'est oublier qu'elle a tout simplement gardé son rythme, sans se laisser déborder par les influences extérieures. Les habitants de l'île prennent le temps de s'arrêter et si vous les abordez avec sourire et civilité, ils vous parleront de leur île. Marcel qui organise des tours de l'île vous guidera mi en créole, mi en français vers les beautés de Marie-Galante. Il vous racontera ses chasses dans la mangrove. « Chasse au gibier à plumes, pas à poils ! » L'ouvrier de l'atelier de farine de manioc vous racontera, comment après 28 ans de bons et loyaux services dans le Nord de la France, il est revenu au pays. La Belle Jacqueline vous accueillera toujours dans son coin tranquille…Les habitants de Marie-Galante vous apprendront à pratiquer le «  temps et la Romance », ce qu'ailleurs on appelle métro-boulot-dodo. Ils vous confieront peut-être aussi leur dépit face au ravage du figuier-maudit. L'arbre qui mange leurs moulins. Malgré les secousses qui ont ébranlé l'histoire de l'île, Marie-Galante, reste sincèrement et simplement hors du temps qui fait courir le reste du monde.

Les secousses de l'Histoire

500 ans avant Jésus Christ : Les premiers habitants, nommés les Huécoïdes (nom donné à la « préhistoire » des Caraïbes) débarquent sur l'île. Ils vivaient des ressources de la mangrove, du littoral et de la forêt. Des premières fouilles ont révélé que les premiers habitants résidaient a Folle Anse. Des fouilles en cours en mars 2006 ont révélé les restes d'un habitant de Guadeloupe datant de cette époque.

250 ans après Jésus Christ, les Arawaks Guapoides fondèrent un village à l'Est de Capesterre et aux Galets. Ils vivaient essentiellement de pêche. Nous disposons de peu de connaissance à leur sujet. Des pétroglyphes ont été retrouvés dans les grottes des Galets. Les Arawaks Saladoides, originaires de Saladero (Venezuela) arrivèrent ensuite. Ils appelèrent l'île “Tulukaera”. Les constructions en bois et en paille ainsi que leurs cultures (manioc) indiquent que leur présence dura un certain nombres d‘années. Les femmes fabriquaient de la céramique qu'elles gravaient et peignaient, tandis que les hommes créaient des poteries, des outils - haches gravées. Le sol était favorable à la culture de coton qui servait à la fabrication de cordes et de hamacs.

Mais au 4eme siècle, les Caraïbes (indiens venus de Guyane) attaquèrent les Arawaks.

Le 3 novembre 1493, Christophe COLOMB découvre l'île qu'il appela du nom de la troisième caravelle du second voyage : “MARIA GALANDA”. Il accosta à ce qui allait devenir l'Anse Ballet. Il prit possession de l'île au nom du roi et de la reine de Castille. La patrouille envoyée sur l'île revint brûlée par les mancenilliers et par manque d'eau et il préféra continuer sur la Guadeloupe.

Le 8 novembre 1648 le gouverneur HOUEL organisa l'implantation des premiers colons français au Nord-Ouest de l'île. Ils vivaient essentiellement de leurs cultures vivrières (coton, tabac, indigo, raisin) et s'installèrent entre la baie de Saint Louis et la rivière de vieux fort, ce nom vient du fait qu'autour de leurs cases, les colons avaient érigé une palissade de bois lui donnant l'aspect d'un fortin.

En novembre 1653 en représailles de viols et de pillages effectués par les colons martiniquais dans un village de Dominique, les Caraïbes firent une visite peu courtoise aux Marie-Galantais. Un vrai massacre ! Ames sensibles ne poursuivez pas… Les Indiens empalèrent les têtes des colons sur des piquets et en décorèrent la plage où ils résidaient. Aujourd'hui elle se nomme la plage du massacre.

La même année le gouverneur HOUEL envoya de nouveaux colons à grand bourg au lieu dit Grande Savane. Ils édifièrent un nouveau fort “La Savane en bord de mer”. Ils chassèrent définitivement les derniers Indiens caraïbes de l'île.

1654 marque le début de la culture de la canne à sucre.

En 1660, les habitants de l'île veulent un prêtre, les Pères Carme ouvrent un couvent qui devient par la suite l'église de Marigot (ancien nom de Grand Bourg) entourée de son cimetière. Cette même année, un traité de paix est signé entre les colons européens et les Indiens caraïbes. Ceux-ci reçoivent la Dominique et Saint Vincent.

En 1665 la nomination du gouverneur De TEMERICOURT, homme jeune et entreprenant redresse l'économie de l'île. Il crée la première habitation sucrière avec une quarantaine d'esclaves et en quelques mois, 12 sucreries se développent. La population augmente. Le Gouverneur importe du bétail.

En 1674, la flotte hollandaise écume la Caraïbe. En 1676 ils attaquent l'île. Ils pillent tout et laisse une île ravagée. Le Gouverneur très malade n'arrive pas à rétablir la situation, il meurt en 1677.

En 1685, avec l'arrivée de nouveaux colons le calme revient.

En 1690, c'est pas du jeu ( !), des vaisseaux anglais pillent les sucreries, et incendient les habitations. En janvier 1691 les Anglais débarquent à nouveau, à Grand Bourg et les habitants s'enfuient vers Capesterre. L'île est anéantie.

En 1719, les habitants regagnent confiance, ils se remettent lentement au travail. La canne s'impose peu à peu, une dizaine de sucreries ont été reconstruite. L'île compte trois fois plus d'esclaves que de blancs.

En 1727 on dénombre 15 sucreries, malgré les cyclones et la sécheresse, la progression continue. L'île compte sept fois plus d'esclaves qu'en 1719.

En 1752, une sucrerie de plus, et la diversification des cultures est de mise. En ce début de siècle, l'île compte aussi 86 indigoteries. Mille cinq cents hectares sont consacrés au coton, tabac, café, cacao, vanille.

En 1759 les Anglais reviennent sur l'île. Cette fois Marie-Galante ne souffre pas de pillages, ni destructions. Seule la production s‘arrêta, l'exportation n‘existe plus, les cultivateurs ne produisent que pour leur subsistance.

En 1763, Joubert, devenu gouverneur de l'île, déborde de dynamisme et redonne confiance à la population ainsi qu'aux marchands, il veille aux transactions et au paiement. Le port principal devient Grand Bourg. Peu à peu une petite ville émerge. Les cultures vivrières et l'élevage en augmentation permettent l'essor de Marie Galante.

En 1793, Marie Galante choisit son camp et devient républicaine, elle s'oppose à la Guadeloupe restée royaliste. Marie-Galante devient indépendante tout en restant sous le protectorat de la république française.

En 1794, les Anglais débarquent en Guadeloupe puis à Marie Galante pour appuyer les royalistes. Ils mettent en place une nouvelle administration avec un homme à la tête de chaque commune mais Victor Hugues, au nom de la convention veut reprendre l'île, il sera aidé par les républicains locaux et la population. Il écrase les Anglais et les royalistes. Cette victoire l'encourage dans une vogue humaniste, et il décrète l'abolition de l'esclavage. Liberté de court terme, car l'île manque de main d'œuvre, les esclaves ne veulent plus travailler la terre. Hugues rétablit donc l'esclavage en 1802.

En 1804 les Anglais occupent de nouveau l'île. Ils repartent en 1815.

En 1814, Dominique Murat s'installe à Marie-Galante. Très vite son exploitation sucrière se développe c'était la sucrerie la plus importante de Guadeloupe..

En 1835, Marie-Galante compte 13 188 habitants dont 10 116 esclaves. 100 habitations sucrières. Une centaine de moulins.

En 1838 l'activité de l'île a repris, Grand Bourg est à son apogée, mais cette même année, le 17 mai la ville est ravagée par un incendie.

En 1843, un violent séisme détruit nombre d'habitations et moulins. L'église de Grand Bourg est endommagée.

En 1848, abolition de l'esclavage.

1849, Première participation des affranchis aux élections. Une répression sanglante répond aux mouvements de protestations contre une tentative de fraude des Grands Blancs. Les noirs se révoltent et déversent la production des distilleries et des sucreries dans un marre près de Pirogue. Elle s'appelle désormais la marre au punch.

Au début du dix-neuvième siècle, l'île compte 105 moulins. Lors de la première guerre mondiale, la production de la canne servait pour moitié comme carburant et pour l'autre comme alcool pour les Poilus.

ers 1960 : un projet de lotissement et de modernisation de l'industrie sucrière voit le jour afin d'améliorer l'état d'une économie exsangue. Les terres des anciennes propriétés de Retz ainsi que du domaine du Robert furent acquises par la SODEG (société d'économie mixte) L'usine de Grande Anse fut modernisée. Les infrastructures routières, portuaires, aéroportuaires furent améliorées ainsi que de nombreux bâtiments (hôpitaux, écoles...) L'eau fut distribuée ainsi que l'électricité.

Des attentions intelligentes pour les plaisanciers

Petit a petit Marie Galante se tourne vers le tourisme, la multiplication d'hébergements, ses plages, sa campagne permettent à la fois d'attirer une clientèle balnéaire et les amateurs de tourisme vert. Pourtant, le littoral n'est pas abîmé par les hôtels ou les constructions disgracieuses. L'accueil touristique est soigné. C'est l'une des rares îles où le plaisancier se sent accueilli. A Saint Louis par exemple, un petit ponton est adossé au grand ponton des navettes. Il est facile d'y débarquer. Sur le ponton des poubelles sont à la disposition des nouveaux arrivants. Ce sont des attentions rares dans les îles. Souvent le débarquement est rendu périlleux, car il faut amarrer l'annexe à de hauts pylônes, l'annexe a toutes les chances d'être rabattue sous le ponton, pendant votre absence. L'ascension vers le ponton ressemble plus souvent à de l'escalade qu'à un réel débarquement. Quant aux poubelles, c'est un vrai problème partout sauf à Marie-Galante !

L'Histoire du sucre au cours d'une balade

Habitation Murat

Non loin de Grand Bourg, l'habitation Murat ou ce qu'il en reste est l'emblème de la splendeur passée de sa majesté la canne… Au début du dix-neuvième siècle, l'habitation comptait, outre la maison de maîtres en pierre de taille, trente bâtiments, cent cases en gaulettes, un moulin, deux cheminées. Trois cents esclaves y travaillaient.

Aujourd'hui, les ruines retrouvent un éclat grâce au travail des associations qui la remettent en état. Sur une superbe pelouse, les murs de l'usine attendent un toit. Arrivera-t-on à chasser le bouquet de bougainvilliers qui les mettent en valeur ? Un petit bosquet de palmiers-éventail prodigue une ombre rafraîchissante. Il fait bon s'asseoir là sur les bancs de pierre. Attendre que le car de touristes s'en aille pour humer seul la tranquillité extraordinaire des lieux. Une cocoteraie splendide domine la colline où se trouve la maison de maître. Son perron d'honneur reflète encore la fierté des maîtres. Incroyable, aujourd'hui nous y trouvons le calme et le charme d'antan idéalisé par les ruines. Sauf qu'au temps de l'esclavage, l'endroit devait bourdonner sans cesse du travail harassant d'humains considérés comme des bêtes de somme.

Aujourd'hui Marie-Galante compte encore 3 distilleries. La distillerie Poisson qui fabrique le Rhum du Père Labat ; la rhumerie Bielle et la rhumerie Bellevue. Toutes produisent un rhum qui oscille entre 59° et 61°. L'un d'eux titre même 70° ! C'est le rhum blanc le plus fort des Antilles. A condition de le consommer avec modération, le rhum de Marie-Galante est réputé être le meilleur des Antilles.

Il reste une seule usine sucrière sur Marie-Galante. Celle-ce se situe à Grande Anse. Elle fut construite en 1846. En 1963 le terminal de Folle Anse construit à proximité de l'usine permit d'acheminer le sucre facilement vers les cargos. Pour être rentable, cette dernière devrait traiter 180 000 tonnes de cannes. Or Marie Galante ne produit que 120 000 tonnes de canne par an qui ne servira pas que pour le sucre, mais aussi pour le rhum et le sirop de batterie. La canne représente 70% de l'économie de Marie-Galante. L'usine ne peut donc survivre sans subventions. Elle emploie en 2006 quatre cent soixante ouvriers, ceux-ci travaillent pendant les cent jours de récolte de la canne. Puis, 260 ouvriers vivront en chômage technique pendant 9 mois. Deux cents ouvriers sont nécessaires pour la maintenance générale de l'usine tout au long de l'année.

Parallèlement à la production de rhum et de sucre, Marie-Galante est la seule île à produire du sirop de batterie. Celui-ci est élaboré dans des petits ateliers. Cette fabrication est fort simple. Le sirop est issu d'une variété de canne grise qui ne pousse que sur Marie-Galante. Elle passe dans un pressoir qui en tire un mélange d'eau et de jus sucré. Ce mélange est amené dans un chaudron. Il y restera huit heures afin d'éliminer l'eau de la substance sucrée. On obtient un sirop dense et amer qui est mis en bouteille dans l'île et vendu sur place.

Le moulin Bézart

Il est le chef de file des 70 moulins encore debout sur l'île. La plupart d'entre eux sont rongés par le figuier-maudit. Le figuier maudit est une variété de ficus… Dire que nous voyons cette plante agrémenter les salles d'attente des médecins de Métropole… Ici, il n'est pas apprécié. Les Marie-Galantais lui coupent souvent les pattes. Cependant, il est tenace le bougre ! Même amputé, il poursuit son œuvre destructrice, il s'agrippe à la pierre et ronge petit à petit les édifices. Le Moulin Bézart est le seul moulin complètement reconstitué. Il déploie fièrement ses ailes face au vent. Il règne sur un hameau endormi et des cases en gaulettes reconstituées.

La case en gaulettes est le type d'habitation qui se rapproche le plus de la case traditionnelle, mélangeant à la sauce créole, des influences amérindiennes, Européennes et Africaines. Le toit est fait de paille pour les partisans de la tradition, mais nous les voyons le plus souvent recouvertes d'un toit de tôle. Les murs sont faits de branchages tressés soutenus par des poteaux de bois. Il y a, dans les régions rurales, ce qu'ils appellent les « cases bloc » ; construites de planches brutes à peine jointives, elles n'ouvrent leur intérieur sobre et sombre à la lumière que par une porte. Aucune fenêtre, c'est superflu.

Habitation Roussel Trianon

Cette habitation produisait du sucre raffiné, c'était la seule des Antilles ! Elle fut en activité de 1861 à 1873. Seule l'écurie est encore bien conservée. La maison de maîtres a perdu tout son charme d'antan, seul son perron à double escalier témoigne encore des fastes révolus. Le moulin, s'il n'a plus ses attributs, est encore debout. Il est posé sur un piédestal ce qui est fort commode pour admirer le paysage. A ses pieds, des bœufs et leurs compagnons ailés, les hérons qui les gardent. En face du moulin, une cheminée et les pans de murs de l'usine regardent les vestiges de machines à vapeur se rouiller. Tout autour, des champs de cannes allongent la foulée jusqu'à la mer dont le bleu profond tranche avec le vert luisant de la célèbre graminée. Au loin, majestueuse, posée sur l'horizon, la Guadeloupe. Tout est calme. A vrai dire ce sont les ruines les mieux conservées de l'île. L'habitation même détruite par le temps garde une atmosphère, un cachet, un charme de temps lointains.

Il suffit de se promener dans l'île et au détour d'un chemin, vous trouverez forcément des ruines, de moulins ou d'anciennes habitations. Au Nord, l'habitation Nesmond présente un espace hors d'âge. L'usine est complètement détruite. La cheminée en mauvaise état, mais la maison est habitée. L'ensemble cerné par des champs de cannes paraît éternel.

L'usine Dorot qui fournit des emplois de 1904 à 1952 est en train de se faire dévorer par le figuier maudit. Le moulin encore debout, présente encore quelques mécanismes écroulés.

Cette hécatombe trouve plusieurs causes. Tout d'abord l'industrie du sucre de canne a face à elle l'impitoyable rentabilité de la betterave. L'économie sucrière n'est plus rentable depuis l'abolition de l'esclavage. Tout cela ne trouvera sans doute jamais d'autres solutions que les subventions de l'Etat. Livrées à elles-mêmes les grandes familles sucrières se sont effondrées. Pour les survivants, les questions d'héritages, de divisions intestines finissent souvent d'appauvrir l'habitation. Un exemple parmi d'autre : la distillerie Poisson doit se partager entre 15 héritiers et ce depuis 1940. La succession n'a jamais été réglée ce qui a permis de ne pas la diviser. Mais, le jour où les indivis demanderont leur dû, ce sera la fin du rhum du Père Labat ! Toutes les Antilles souffrent du mal de l'indivision… Qu'y faire ?

Les chars à bœufs

En attendant que les héritiers de la Caraïbe se disputent les dernières parcelles de terrains rentables, les cabrouets continuent d'officier. Les bœufs tirants sont de prodigieuses bêtes de somme. Zébus ou bœufs, certains d'entre eux ne sont destinés qu'aux concours de « bœufs-tirants ». Ceux-ci sont chronométrés alors qu'attelés par paire à un char rempli de canne, ils doivent emprunter les routes les plus mauvaises et les plus pentues de l'île en un temps record. Les Marie-Galantais sont fiers de leurs traditions. Attention, les bœufs tirants n'officient pas seulement dans les concours. C'est encore eux qui transportent la plus grande partie de la canne coupée vers l'usine et les distilleries. Au moment de la récolte, les routes sont plus encombrées de cabrouets que de tracteurs modernes.

Petit détour en campagne

Outre une succession de mornes et de ravines qui se succèdent aussi régulièrement que des vagues sur l'océan, la campagne est émaillée de multiples dolines. Ce sont des creux circulaires formés par l'érosion sur sol calcaire. Le fond de ces dépressions est tapissé d'une marre qui abritent le plus souvent une faune sympathique, dont les charmantes petites tortues molokoï.

En marge de la canne à sucre, la culture du manioc assure un petit revenu aux fabriques de farines. Elles produisent de délicieux pains ainsi que des poudres savoureuses qui feront l'originalité de vos apéros. La farine de manioc entre également dans la composition du célèbre « féroce d'avocat ».

Le rivage.

Les trois villes de l'île se situent au bord de l'eau. La ville principale est Grand Bourd. Le tour de la ville est rapide. Quelques ruelles bordées de maisons créoles, une église, un petit marché sur sa place, des petites boutiques, pas de supermarché. La vie est simple, l'approvisionnement suffisant à condition de ne pas être exigeant.

Grand bourg a aménagé derrière des digues un port pour le moins spartiate. Deux pontons soumis aux caprices de la houle n'offrent ni eau, ni électricité. Deux voire trois bateaux peuvent mouiller dans l'enceinte du port. Mais il vaut mieux, lorsque le temps le permet, loger à Saint Louis. Le village est extraordinairement calme. La plage est immense et les possibilités d'ancrage y sont infinies.

Capesterre est la ville à l'Est de l'île. Elle est abritée de l'Océan par une barrière de corail. Au Sud immédiat de la ville on trouve sans nul doute l'une des plus belles plages de l'île. Elle dessine au bord du lagon protégé par une barrière de corail un croissant doré. Elle est longue de 800 mètres. Attention, au-delà de la barrière, la mer est soudain profonde. La baignade est rendue dangereuse par les rouleaux et le courant assassin.

La ville se finit par un chemin mal taillé dans la poudre de corail durcie. Elle mène d'abord au Morne Rita. Il s'élève brutalement face à la ville puis retombe en pentes douces vers une plage bafouée par l'océan. Personne n'a l'idée de s'y baigner tant les rouleaux martèlent le littoral. Il existe sur les falaises du morne Rita un chemin de Chèvres qui sillonne les pics acérés du corail. De là nous profitons d'une vue imprenable sur l'îlet Mathurine, que les locaux préfèrent surnommer la Kay à lombrik. La côte Est témoigne du soulèvement progressif de l'île. De ce côté les plages disparaissent peu à peu.

Partout où le rivage est protégé de barrière de corail, nous retrouvons sur les plages des « Pripri ». Ce sont des radeaux faits de troncs de bois canon, maintenus par deux bâtons de bois chandelle. Les insulaires les utilisent pour la pêche dans ces zones de récifs et raniment ainsi une méthode de pêche amérindienne.

La région, nommée Galet, contraste singulièrement avec le reste de l'île. Une zone de plaines arides s'étale entre le plateau central de l'île qui se dresse telle une table et la mer. Bien qu'elle souffre d'une aridité sévère, elle est divisée en nombreux prés où paissent des vaches. Ci et là des maisons isolées contribuent à rendre l'atmosphère peu hospitalière, presque sinistre. Cette impression est renforcée lorsqu'on relève la tête vers le haut du plateau où se dresse une cinquantaine d'éoliennes. Les pales poussées par l'alizé constant tournent avec indolence. Elles produisent un bruit sourd et lancinant. Peu importe le look, elles sont efficaces, car elles fournissent 60% de l'énergie de l'île. Leur conception ingénieuse permet de les rabattre rapidement en cas de cyclone.

La Pointe Tali interrompt brutalement la plaine des galets. Le chemin carrossable s'arrête aux pieds des fermes éoliennes qui dominent le haut du plateau. Un chemin bordé d'une forêt tropicale sèche descend vers la mer en serpentant les flans du Morne Tali. C'est une promenade agréable. Elle débouche dans un sous bois. Les arbres forment un portique gracieux qui s'ouvre sur une plage étincelante au bord d'un lagon protégé par sa barrière de corail. Quels constates, les paysages, tous différents se succèdent sans cesse !

Nous continuons notre route, toujours plus au Nord. Nous y trouvons les paysages de Caye plate, de l'anse du Coq. Dans un labyrinthe de végétation basse, le chemin se faufile sur le plateau de la falaise. Lorsque la végétation s'écarte, quelle vue vertigineuse ! Cette marche n'est qu'une succession de panoramas renversants. La falaise calcaire éclate de blancheur et barre la route aux eaux émeraude et turquoise.

Nous trouvons tout à fait au Nord de l'île le lieu dit « Gueule Grand Gouffre » Ici, la falaise calcaire a cédé formant un gouffre de trente mètres de circonférence et cinquante mètres de haut. Au moment de l'effondrement, le gouffre n'était qu'une dépression dans la roche. Mais la paroi extérieure n'a pu résister au pilon des vagues du cyclone de 1928. Depuis, une arche fait communiquer le fond du gouffre avec la mer. Là encore, les éléments se marient dans une déclinaison de couleurs étincelantes.

En revenant vers l'Ouest de l'île, nous quittons les hauteurs des plateaux, la route descend lentement vers Vieux Fort. C'est un paysage de mangroves et de sous-bois qui nous attend dans cette région. Ici, les plages allongent la foulée. Dorées, alanguies sous une haie de cocotiers et de mancenilliers, elles baignent dans l'eau chaude et merveilleuse de la mer des Caraïbes. Au-delà de cette frange de palmes, la route, puis le paysage s'enfouit dans les camaïeux de verts qui bordent la mangrove. Une eau douce, toujours calme reflète la forêt qui l'entoure. Le paysage est romantique et paisible. Le plan d'eau incite à une balade en barque comme autrefois. La forêt démarre les pieds dans l'eau avec les palétuviers, puis elle se poursuit dans une effervescence de joncs. Le Chemin se glisse dans les sous-bois. Les troncs d'arbres s'ingénient à façonner des figures de style tarabiscotées. Puis le chemin se faufile dans un bocage. Il grimpe et retrouve le haut d'un morne pour mieux le dévaler et regagner une forêt littorale. Une ravine nous glace les os… elle s'appelle « trou massacre ». Au cours de notre balade, nous trouvons de curieux pièges en bois. Ils sont tous prêts à capturer les touloulous. Nom arawak donné aux petits crabes rouges et noirs.

La randonnée s'achève à la pointe cimetière. C'est là que débute l'immense baie de Saint Louis. C'est ici que nous bouclons le tour de l'île…

Texte écrit en avril 2006 par Nathalie Cathala. Tous droits réservés